
La France met en sourdine ses exigences en matière de gouvernance de la zone euro, afin de ne pas hypothéquer sa présidence de l’Union au second semestre. Depuis son arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy a placé la mise en cause de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’euro fort parmi ses chevaux de bataille européens. Mais l’Elysée estime aujourd’hui que toute initiative dans ce domaine sensible serait contre-productive : « Ce serait la meilleure façon de conduire la présidence française à l’échec que de commencer avec un sujet polémique », estime-t-on dans l’entourage du président français.
L’idée est d’éviter une « collision frontale » avec les autres pays, l’Allemagne en tête, au moment où la Commission européenne tente d’encadrer le débat par une communication présentée, mercredi 7 mai, en prélude aux dix ans de l’euro. Les sujets les plus sensibles aux yeux de Paris, comme les taux de change, ou le dialogue entre la BCE et les gouvernements, sont ignorés. Le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, entend plutôt améliorer la coordination et la surveillance par la Commission des politiques économiques. En vertu du nouveau traité de Lisbonne, il envisage de généraliser l’envoi des « alertes précoces » que la Commission pourra adresser aux capitales sur des sujets tels que les réformes ou l’inflation. Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, a promis d’« exploiter pleinement sous présidence française les potentialités de ces propositions ». Pour compléter le travail de la Commission, Bercy pourrait faire quelques suggestions, afin de conforter, par exemple, l’Eurogroupe, en le dotant d’un secrétariat autonome. Cette instance informelle a été créée en 1997 à l’initiative des Français afin de réunir une fois par mois les ministres des finances de la zone euro. « CRÉDIBILITÉ PROCHE DE ZÉRO » Paris a cependant renoncé à organiser un sommet des pays de la zone euro. Les dirigeants français ont pris conscience qu’ils n’étaient pas les mieux placés pour lancer de grandes initiatives, au moment où ils font figure de cancres en matière budgétaire. A tout moment, Paris est susceptible d’être rappelé à l’ordre par la Commission européenne en raison d’un déficit public qui se rapproche du seuil de 3 % du PIB fixé par le pacte de stabilité et de croissance. « La crédibilité française est proche de zéro : M. Sarkozy souhaite renforcer le gouvernement économique, mais il est le premier à mettre ses partenaires devant le fait accompli pour reporter le retour à l’équilibre », dit un expert des questions financières. Le chef de l’Etat considère que ses appels à lutter contre l’euro fort ont été entendus. Même les Allemands se sont dits préoccupés par le niveau de la monnaie unique, lorsque celle-ci a franchi la barre des 1,60 dollar, avant de reculer un peu ces derniers jours. L’Elysée considère surtout qu’il serait impossible d’arracher le moindre progrès en six mois de présidence sur un terrain considéré comme miné. L’Allemagne ne veut pas entendre parler d’une remise en question du mandat de la BCE, et se méfie, tout comme la Commission, d’un gouvernement économique européen « à la française ».
Philippe Ricard Article paru dans l’édition du 08.05.08
Source: Debout La République
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